Mon Petit Bouchon

"l'information des citoyens est-elle soluble dans la communication politique?" ou comment une élue de la République tâche de faire son auto-promotion en communicant sur un bilan où se mêlent pseudo-vérités et demi-mensonges, présentés comme des éléments d'information.


Arnaque 1 : "la Municipalité n'hésite pas" !

Deux articles publiés l'un par l'Est-Éclair l'autre par Libération Champagne, évoquent donc avec un même enthousiasme collégial les travaux réalisés dans quelques écoles publiques troyennes durant cet été.

Ainsi, l'article de l'Est-Éclair nous apprend en introduction que "les élèves ont déserté les salles de classe pour deux mois de congés bien mérités." Ce que semble ignorer la rédactrice de cet article c'est qu'une bonne centaine d'élèves bénéficieront durant cet été d'un soutien scolaire organisé conformément à une circulaire 2008 de l'ex Ministre de l’Éducation nationale, Xavier Darcos. Cet oubli est d'autant plus curieux qu'un article du 13 juillet 2010 paru dans ce même journal était d'ailleurs consacré à l'organisation de cette action mise en œuvre dès l'année précédente. Mais ce n'est qu'un détail...

Plus loin, le journal précise que "la municipalité n'a pas hésité à consacrer une partie de son budget pour ces opérations menées cette année dans 7 écoles: Pasteur, Charpak, Cousteau, Trévois, le groupe scolaire des Blossières et Quatorze juillet" . L'utilisation de la formule : "n'a pas hésité à" permet habituellement de souligner le caractère courageux, voire héroïque d'un acte. C'est ainsi qu'on dirait, par exemple, qu'untel n'a pas hésité à plonger dans une eau glacée pour sauver quelqu'un de la noyade, ou encore que tel autre n'a pas hésité à risquer sa carrière professionnelle en refusant d'obéir à des ordres de sa hiérarchie qu'il considérait comme contraire à la légalité. Mais en l’occurrence, il est pour le moins saugrenu d'estimer que la municipalité n'a pas "hésité à consacrer une partie de son budget" à de tels travaux puisqu'il s'agit là d'une de ses prérogatives principales : l'entretien des écoles communales. C'est un peu comme si l'on faisait remarquer qu'un locataire "n'hésite pas" chaque mois à consacrer une partie de son budget au paiement de son loyer ou qu'un contribuable "n'hésite pas" à consacrer une partie de son budget au paiement de l'impôt sur le revenu auquel il est astreint.

François n'hésite pas à payer ses impôts
François n'hésite pas à payer ses impôts

Arnaque 2 : "7 écoles en travaux ! Euh, 6 ! Euh, 4... En fait : 2..."

En outre, après quelques élémentaires vérifications il s'avère que les 7 écoles cités n'ont pas été l'objet de travaux cet été mais seulement 2 ! Trévois et Quatorze Juillet. En effet, tout citoyen troyen fréquentant quelque peu les lieux où sont situés les établissements scolaires en question a pu constaté que les travaux d'extension des écoles Georges Charpak et Jacques-Yves Cousteau étaient déjà réalisés pour la rentrée 2009 puisqu'ils faisaient suite à la fermeture du groupe scolaire Romain Rolland qui avait fait l'objet à l'époque de vives protestations de la part des parents d'élèves, du personnel enseignant et de l'opposition. La journaliste aurait pu même trouver dans les archives du quotidien voisin Libération Champagne un article du 11 décembre 2009 dans lequel on pouvait lire : "Ces enfants (de Romain Rolland) ont été dirigés sur trois écoles : Paul-Bert, Charpak et Cousteau. Pour pouvoir les accueillir, il a fallu agrandir les deux dernières." Ce qui fût évidemment fait avant la rentrée de septembre 2009, comme en atteste un article de l'Est-Eclair cette fois, du 4 septembre 2009, dans lequel on pouvait suivre la visite de Monsieur le Maire, en personne, dans ces deux établissements agrandis: " Ils ont bénéficié d'efforts importants en termes d'extension, de nouvel agencement, d'embellissement, pour offrir des conditions de travail de qualité aux éducateurs, enseignants et élèves. " déclarait alors François Baroin, en compagnie de son Adjointe, Sibylle Bertail.

Les travaux d'extension des écoles maternelles et élémentaires des Blossières, quant à eux, ont également été réalisés durant l'été 2009 comme l'indiquait un article de l'Est-Eclair du 7 août 2009 qui rendait compte de cette opération : "Pour faire face à l'accueil d'enfants supplémentaires et procéder à une meilleure répartition, deux classes ont donc été construites aux Blossières. L'une en continuité de la maternelle de la rue de Gournay. L'autre, rue Jobert, où est située l'école élémentaire."

Enfin, les travaux de l'école Pasteur ont été réalisés l'année dernière comme on pouvait le lire dans un article de Libération Champagne du 23 juillet 2010 : "Maternelle Pasteur : démolition du préfabriqué et création d’un bâtiment modulaire, basse consommation."

Ne restent donc plus que les écoles Trévois et Quatorze Juillet. Cependant, si l'article de l'Est-Eclair ne détaille pas le type de travaux effectué dans la première, celui que Libération Champagne consacre au même sujet le même jour précise qu'il s'agit de la "réfection des menuiseries extérieures et de la cour, achat et pose d'un jeu, peinture des classes." Or, le même article du 23 juillet 2010 précité annonçait déjà qu'"à l'école des Trévois, c'est la cour, qui est revue et corrigée. Une cour particulièrement dégradée et gondolée. Ce sont les racines des arbres qui l'ont abîmée. (...) Un jeu fixe pour les enfants sera installé par l'équipe pédagogique à la rentrée. Cette opération a été aussi l'occasion de refaire le réseau d'assainissement." Manifestement, pour la cour les travaux ont donc déjà été réalisés en 2010, quant aux menuiseries extérieures il est facile de vérifier sur place que celles-ci ne datent pas non plus de cette année.

Gageons que les travaux de peintures intérieurs annoncés ont certainement été effectués dans cette école (ne soyons pas mauvaise langue...) mais cela amoindrit néanmoins considérablement la liste des travaux sensément engagés cette année! D'autant que les travaux de réhabilitation de l'école du Quatorze Juillet ont déjà commencé depuis 2008 comme le rappelle Madame Bertail elle-même.

Cet été, un plafond a été installé dans cette classe troyenne
Cet été, un plafond a été installé dans cette classe troyenne

Arnaque 3 : "Tout ça, ça nous a coûté... Attendez que je reprenne mes notes..."

On voudrait faire croire aux troyens que la municipalité met le paquet sur les travaux dans les écoles cet été en gonflant mensongèrement l'état des lieux que l'on ne s'y prendrait pas autrement! On n'ose penser qu'il s'agirait d'une manœuvre pour mieux faire oublier le bilan catastrophique de la majorité présidentielle, que Madame Bertail soutient, en matière d'éducation.

De deux choses l'une, donc. Soit les journalistes de nos deux quotidiens d'information ont mal retranscrit les propos de Madame Bertail qui était chargée de leur expliquer le détail des travaux réalisés dans les écoles cet été, et c'est une faute professionnelle plutôt grave pour des journalistes, qui nécessiterait un rectificatif dans les plus brefs délais. Soit ceux-ci ont fidèlement retranscrit l'exposé de la Maire-Adjointe et dans ce cas c'est elle qui est prise en flagrant délit de mensonge. Dans cette seconde hypothèse, les journalistes sont alors hors de cause, même si la plus élémentaire éthique professionnelle auraient néanmoins peut-être commander de vérifier les informations. Et c'est à Madame Bertail de s'expliquer devant ses administrés.

De surcroît, il serait intéressant d'obtenir le coût réel de ces opérations puisque l'article de l'Est-Eclair avance le chiffre de 2,8 millions d'euros pour l'ensemble des travaux, tandis que celui de Libération Champagne affecte cette même somme uniquement à l'opération de réhabilitation de l'école du Quatorze Juillet! Il faudrait savoir. D'autant que rien ne précise si ces 2,8 millions d'euros représentent le coût supporté réellement par la collectivité ou si doivent être déduites de ce chiffre les différentes subventions que la municipalité n'aura pas manqué de solliciter et sans doute d'obtenir pour de pareils travaux de réhabilitation. Pour preuve l'article du 2 août 2010 de l'Est-Eclair consacré à ce sujet, dans lequel on pouvait lire : "Avec un coût prévisionnel de près de 3 millions d'euros, - les travaux sont financés par la ville mais également par le conseil général ." Pas plus que n'est indiqué si le coût des travaux de l'école du Quatorze Juillet a été "lissé" sur plusieurs exercices budgétaires depuis 2008 (date de début des travaux) ou s'il a été réglé sur l'unique exercice 2011 (fin des travaux). 2,8 millions répartis sur 3 ans, par exemple, ne font plus qu'à peine 1 million par an.

A titre de comparaison, Madame Bertail annonçait l'année dernière dans l'article de Libération Champagne du 23 juillet 2010 déjà évoqué qu'"une dizaine d'écoles sont concernées pour un montant de travaux supérieur à 500 000 euros ". Était précisé dans ce même article qu'"En 2009 déjà, la rénovation et l'aménagement de certains groupes scolaires avaient conduit la municipalité à engager une dépense non négligeable d'un million d'euros." Tandis que dans un article de l'Est-Eclair du 25 août de l'année précédente la même Sibylle Bertail déclarait que pour 2009 : "Plusieurs cours d'écoles seront refaites et les huisseries changées pour de nombreuses écoles, pour un montant 639 630 € TTC, sans compter les dépenses pour les autres travaux de rénovation et de modernisation "

Reprenons:

- Pour 2009, entre 640 000 et 1 000 000 d'euros de dépenses annoncés (360 000 euros d'écart tout de même sur lesquels aucun détail n'est
donné)
- pour 2010, plus de 500 000 euros de dépenses annoncées sans que l'on sache combien concrètement de plus.
- pour 2011, 2,8 millions d'euros de dépenses annoncés sans que l'on sache bien s'il s'agit de la somme effectivement dépensée ni quelles opérations elle concerne réellement.

On ne peut manquer d'être stupéfait face à une telle imprécision dans les sommes avancées qui donne l'impression d'un simple jeu rhétorique sans grand rapport avec la réalité portant sur des montants pourtant particulièrement importants! Encore un effort Madame Bertail...

Bernard, conseiller en communication
Bernard, conseiller en communication

Arnaque 4 : Sibylle Bertail s'improvise tour operator pour journalistes

Pour finir, l'article de Libération Champagne du 20 juillet dernier portant sur ces travaux d'été dans les écoles nous apprenait que "Sibylle Bertail avait concocté un circuit pour découvrir, sur site, les travaux entrepris cet été dans les écoles Troyennes." Mais n'est pas précisé que les chanceux qui ont eu l'honneur de participer à ce circuit ont été véhiculés tout le long du parcours par un autobus de la TCAT affrété tout spécialement par la Ville de Troyes afin de permettre, sans doute, aux pauvres participants de ce cortège d'économiser leur véhicule personnel en ces temps de crise économique...Oserait-on demander quel prix cette petite excursion entre gens de bonne compagnie à coûter à la collectivité ? Et sur quel budget de la Ville la somme a été ponctionnée? Pas sur celui des transports scolaires tout de même?

Pedro le Pistolero.
Le Petit Train de Sibylle attendant le début de la visite
Le Petit Train de Sibylle attendant le début de la visite

Digg Del.icio.us Wikio Facebook Google Twitter LinkedIn Rédigé par Petit Bouchon le Lundi 25 Juillet 2011 à 06:01 | Commentaires (0)