Mon Petit Bouchon

Chaque jour, les dictatures avancent. Insidieuses, inexorables, elles rongent les libertés de citoyens trop naïfs pour simplement se rendre compte du danger qui les guette. Les cons.

Mais alors quel prophète de l’apocalypse nous annonce-t-il ce sombre horizon ? Quel héraut de la liberté saura éveiller les consciences face à ces indicibles pulsions totalitaires ? Et surtout, quel authentique chevalier blanc nous sauvera de ce funeste destin ?


Cet homme, Dieu merci il existe, c’est François Baroin. Son avertissement tient en une phrase que nous ferions bien de tous méditer longtemps :

« J’ai toujours pensé qu’une société transparente était une société totalitaire »

Wikileaks et ses révélations, parce que c’est bien cela qui a provoqué chez le bon François l’emploi de mots d’une telle « force », succèdent donc à Pol Pot et à Pinochet au panthéon du totalitarisme. La chose est d’ailleurs d’une telle évidence qu’une fois prononcée, l’auteur de ces propos définitifs nous dispense de toute esquisse d’argumentation pour l’appuyer. Et on le comprend.

La transparence, c’est donc le danger, la marque de la bête tapie dans les tréfonds de l’Internet, prête à bondir sur la veuve et l’orphelin jusque là tendrement bercés par les titres sélectionnés avec soin pour eux par le ministère de l’information les « vrais » journalistes. Alors comme au Petit Bouchon, on n’est pas journalistes, qu’on est fondamentalement mauvais et qu’on aime ce qui est mal et qui tâche, on a décidé de plonger directement au cœur d’une de ces incarnations de l’horreur : direction le site de Transparency International.
Le site de dangereux extrémistes… quand Internet sera-t-il enfin filtré ?
Le site de dangereux extrémistes… quand Internet sera-t-il enfin filtré ?

Assis pile au milieu de l’Axe du Mal, les apôtres du totalitarisme de Transparency International trouvent des arguments les plus tordus les uns que les autres pour défendre coûte que coûte leur vision pervertie du monde. En lisant leurs principes fondateurs, on constate en effet que la transparence permettrait de :
  • prévenir et de lutter contre les différentes formes de corruption, le blanchiment de l’argent sale et les divers types de fraudes
  • contribuer au développement de comportements éthiques, citoyens et responsables
  • rétablir les conditions de la confiance entre les différents acteurs de la société

Et le pire, c’est qu’il est des gens assez stupides pour y croire… Fort heureusement le lecteur attentif qui aura pris soin de regarder le classement des pays effectués par Transparency International constatera rapidement combien François Baroin a raison. Sinon comment expliquer que des états apaisés et démocrates tels que l’Afghanistan, la Somalie ou la Libye y figurent en si mauvaise position ?
Laurent Gbagbo est content : sa dernière élection a brillamment évité toute transparence
Laurent Gbagbo est content : sa dernière élection a brillamment évité toute transparence

Et bien figurez-vous que Wikileaks, c’est comme Transparency International mais en pire : ces ayatollahs de la transparence ne se contentent pas de la défendre… ils y contribuent et la répandent telle la peste.

Avait-on vraiment besoin de savoir que la guerre en Irak avait fait plus de 110 000 morts entre 2004 et 2009 ? Ne nous suffisait-il pas de savoir que c’était une guerre juste qui nous avait sauvé des armes de destruction massives ? Si l’armée américaine qui défend la démocratie ne donnait pas ces chiffres, n’était-ce pas pour notre bien ?

Fallait-il vraiment que wikileaks révèle que l’ancien président du Kenya Daniel Arap Moi avait détourné plusieurs milliards de dollars publics à seules fins d’enrichissement personnel ? Assurément non : l’Afrique est d’ailleurs un excellent exemple des bienfaits de l’opacité dans la politique étrangère de la France. Oui : la France, cette terre d’asile politique, qui mit à disposition des plus grands pourfendeurs du totalitarisme – les Mobutu, Omar Bongo, Denis Sassou Nguesso, Teodoro Obiang, comment les oublier ! - ses châteaux et appartements de luxe, aurait-elle pu continuer à exercer sa générosité envers ces colombes africaines si elle avait du publiquement en rendre compte ?

Merci à toi noble François : nous savons maintenant à quoi nous attendre quand tu nous parles de liberté et de démocratie !
Mister Democracy 2009 et 2010 lors de leur remise de prix par François Baroin
Mister Democracy 2009 et 2010 lors de leur remise de prix par François Baroin

D’ailleurs, loin d’être un de ces extrémistes qu’il dénonce, M. Baroin sait mettre de l’eau dans son vin et admet qu’il est des situations où la transparence est un mal nécessaire. C’était par exemple le 20 novembre à l’occasion de l’affaire de Karachi. François Baroin y souhaitait «  une plus grande transparence », ce sont ses mots –des mots choisis- de l’état sur le sujet. Or, on ne peut pas soupçonner un homme de sa trempe de vouloir, ce faisant, s’en prendre à la liberté – certes de plus en plus conditionnelle- de certains de ses vieux amis de l’UMP visés par l’affaire : les très chiraquiens Donnedieu de Vabres, Balladur et Sarkozy…


Mais, et à Troyes, alors ?

Pas d'inquiétude ! Si la transparence, c'est le totalitarisme, François Baroin s'est assuré d'être le défenseur de l'opacité démocratique. Tenez, le conseil municipal par exemple : 49 conseillers municipaux et adjoints prennent des décisions pour plus de 60 000 personnes. Alors, bon, d'après la loi, les séances sont publiques, puisque soit disant que les décisions et débats des représentants du peuple devraient être accessibles au dit peuple. Comment ? De la transparence imposée par la loi ? Probablement un vieux texte d'extrême-droite visant à faire tomber la démocratie. Mais n'ayez crainte, François Baroin a pris les bonnes décisions afin de s'assurer que les gens ne soient pas écrasés sous le joug de l'information, et ce de plusieurs manières :

  • en limitant le nombre de places disponibles dans la salle du conseil municipal

Malgré plusieurs demandes, le nombre de places disponibles reste limité à une quarantaine, ce qui représente grosso modo la capacité d'accueil d'une classe de sixième. Il y a donc plus de personne autour de la table où tout se passe que dans l'assistance. Ainsi, on évite que trop de troyens ne cèdent aux sirènes du totalitarisme et ne viennent assister aux séances. Déjà que François Baroin accepte des journalistes dans la salle, on ne va pas pousser le vice trop loin. D'ailleurs, afin de rester correct, le maire n'hésite pas à aborder la plupart des gros dossiers après 22h, heure à laquelle les journalistes doivent quitter les lieux pour préparer la mise en presse de leurs textes. Non parce que bon, s'il faut commencer à informer les gens des décisions importantes ou de ce que l'on fait de leur argent, où va le monde ?

  • en évitant que le conseil municipal ne soit disponible en vidéo

Là encore, plusieurs dictateurs en puissance ont soumis l'idée que l'on pourrait filmer les conseils municipaux, quitte à utiliser des moyens peu onéreux, afin que l'on puisse voir en direct qui dit quoi, et non la version de la presse locale. Heureusement, là encore, le chevalier Baroin a pourfendu les mécréants ayant évoqué cette idée afin de s'assurer que la transparence, ennemie des peuples libres, ne vienne pas troubler l'ordre public. Non, on ne filmerait pas les conseils ! C'est le genre de chose que l'on fait dans les petites villes tombées sous la botte des dictateurs, comme par exemple, cette petite cité de province nommée Paris.
Ne pas confondre « transparence » et « sécurité », seul le premier menant au totalitarisme
Ne pas confondre « transparence » et « sécurité », seul le premier menant au totalitarisme

Du coup, le maire a eu une excellente idée : et si les caméras, on les tournait plutôt vers les rues ? Il y a bien eu quelques gauchistes pour crier au totalitarisme, au tout-surveillé, mais François Baroin et ses compères de l'UMP ont ressorti leur vieux disque vinyle intitulé « Si tu n'as rien à te reprocher, alors tu n'as pas à t'inquiéter ». Non, rien à voir avec de la transparence, là, c'est de la sécurité, c'est très différent. Et c'est super démocratique. François Baroin aurait bien mis une caméra dans la salle du conseil municipal, mais uniquement si on y avait trouvé de la petite délinquance. Hors, comme personne ne se fait faire les poches entre deux votes, il paraissait bien inutile de faire filmer un lieu parfaitement sécurisé où l'on se contente de voter l'attribution de quelques millions d'euros ici ou là. Tout se tient ! Rappelons que grâce à cette logique, François Baroin a remporté l'un des Big Brother Awards 2006. Un prix qui, comme son nom l'indique, ne récompense que les plus grands démocrates.

Si vous n'avez pas suivi, la synthèse est la suivante :

  • Surveiller les citoyens, c'est bien
  • Surveiller les élus, c'est mal

Et pourtant ; François Baroin n'est pas seulement un élu, c'est aussi justement un citoyen, un homme qui aime profiter de la vie et des belles choses qu'elle offre. Parfois, il se promène dans les rues comme tout un chacun, sa main dans celle de sa compagne...

Mais là encore, cette vilaine transparence le poursuit et tente de briser tout ce à quoi il tient, y compris son intimité comme celle de tous ses concitoyens (aucun rapport avec une surveillance constante rapportant des Big Brother Awards à certains, donc) ; il confiait dernièrement à France Soir :

"Je n’ai jamais mis en scène ma vie de couple. Je n’ai pas envie d’encombrer les gens avec ma vie privée. Peut-être que j’ai tort, mais je suis plus heureux comme ça. Dans ce monde de transparence absolue, où tout le monde a l’intimité d’un poisson rouge dans un bocal, je trouve assez précieux de continuer à préserver cela"

Homme de parole et homme de raison, François Baroin a en effet toujours refusé de mettre en scène sa vie de couple ou de la donner en spectacle. Ci-dessous, quelques preuves de ses affirmations, dans lesquelles vous noterez qu'il fait bien attention à préserver l'intimité de son intimité.
La dictature de la transparence

Héraut de la lutte contre le fascisme de la transparence, c'est avec intégrité qu'aujourd'hui plus qu'hier, mais bien moins que demain, il continuera de s'assurer que notre société reste bien opaque, parce qu'une vraie démocratie, du grec demokratia soit « la souveraineté du peuple », c'est une démocratie dans laquelle on informe pas le peuple de ce que l'on décide pour lui. Mais par contre, on surveille bien le dit peuple, parce que bon, on peut pas trop lui faire confiance, à ce petit sagouin.

Alors vraiment, merci, François Baroin, merci de nous protéger chaque jour de la transparence totalitaire afin de mieux faire vivre l'opacité démocratique.

Merci.

Digg Del.icio.us Wikio Facebook Google Twitter LinkedIn Rédigé par Petit Bouchon le Lundi 6 Décembre 2010 à 22:34 | Commentaires (1)