Bouchonné
Ça y est, le suspens est terminé. Marc Bret s’en va vers des cieux plus bleus. Des cieux où tout devient possible, ceux de la liste UMP de François Baroin.
J’décolle ta marque de société (1)
On ne peut pas dire que cela aie été une surprise. Car, rappelons les titres de Marc Bret : Conseiller général socialiste, conseiller municipal socialiste, leader de l’opposition de la gauche plurielle. Seulement voilà, beaucoup de socialistes lui reprochaient de ne pas être assez à gauche. Quant à sa qualité de leader de l’opposition, voire même d’opposant tout court, peu de gens se souviennent avoir vu ou entendu Marc Bret réellement s’opposer à François Baroin. Les plus érudits se souviennent de discours dans lesquels le socialiste expliquait que la ville était bien gérée, et le département aussi. Ha oui, un opposant de qualité, donc. François Baroin et Philippe Adnot devaient trembler en le voyant arriver.
Alors on se dit “Tiens, c’est logique qu’il parte à droite alors ?“. Quelque part, oui. Sauf que Marc, il a oublié un petit quelque chose. Un détail, hein. C’est que les gens qui l’ont élu, ceux qui lui ont donné la place qu’il occupe à l’heure actuelle, et bien ce sont des gens, qui ne votaient ni pour Baroin, ni pour l’UMP. Mais pour Marc Bret, le candidat de la gauche. Du coup, ils espéraient par exemple que… Que je ne sais pas moi : qu’il soit un personnage de gauche ? Qu’il ne complimente pas en permanence François Baroin ? Qu’il ne soit pas le grand copain de l’UMP ? Que de drôles d’idées.
Du coup, Marc, il en a aussi oublié ses convictions : ne pas trahir ceux qui l’ont aidé à se mettre en orbite dans le monde politique troyen, c’est à dire la gauche et ses électeurs. Ne pas faire du chantage aux socialistes type “Vous me donnez la place que j’exige ou je me retire“. Ne pas faire signer des pétitions sur les urgences aux gens avant de retourner sa veste pour aller soutenir celui qui, justement, estime qu’il n’y a pas de problèmes aux urgences. Ne pas aller se vendre au plus offrant en disant “François Baroin m’offre une meilleure place, salut“. Et surtout, ne pas ensuite aller dire qu’il agit dans l’intérêt des troyens, c’est un peu gros.
L’appel de la soupe
Selon les journaux locaux, Marc Bret aurait été contacté durant l’automne 2007 par François Baroin. Il aurait décliné l’invitation, avant de tenter sa chance chez les socialistes. Et là, les vilains auraient refusé de lui donner la place qu’il avait bien mérité, du coup François aurait rappelé Marc pour lui dire que sa porte lui était grande ouverte. Et Marc, il a accepté. Ca sonne comme une belle histoire, dans laquelle le gentil Marc au service des troyens, rejeté par les vils gauchistes pour des raisons inconnues, se voit offrir la possibilité de continuer à servir le peuple tricasse grâce au gentil François Baroin.
Alors au PS, les gens savaient juste que Marc n’irait pas avec les socialistes (et qu’il les avait à moitié insulté par communiqué de presse pour exprimer son mécontentement, ce qui est très digne d’un élu dont le parti ne cède pas au chantage), et qu’il serait “présent dans le débat des municipales” dixit lui-même. Alors, le jeu était : où ira t-il ? Avec Beury et sa liste multicolore ? Beury est trop “grande gueule” pour Bret, peu probable. Avec les Verts ? Même s’ils sont plus proches de la gauche, Bret veut surtout sauver son siège de conseiller, du coup ce n’est pas le meilleur choix. Avec le FN ? Non, il ne faut pas exagérer. Avec François ? Pourquoi pas, ils sont suffisamment proches et ça lui permettrait d’être élu. Enfin, dernière solution : Marc se présente à une conférence de presse et explique qu’il ne sera pas présent sur une liste et donne juste une consigne de vote (ou pas), sortant ainsi dignement de la crise où il était rentré tout seul.
Finalement, c’est donc l’appel de la soupe électorale, c’est à dire la proposition de François, qui aura gagné.
Alors on va vous raconter une autre histoire. Mais attention, ce n’est qu’une histoire. N’y voyez aucun rapport avec des personnes existantes ou ayant existé.
C’est l’histoire de Marc, un gentil garçon qui ne fout pas un pied aux réunions de préparations des municipales à Troyes du PS. Pourtant, ça fait plus d’un an qu’il y en a des réunions, mais non. Il a autre chose à faire, Marc. Un beau matin, Marc reçoit un appel d’un ami à lui, François. François lui dit “Tiens, Marc, tu sais Nicolas, mon chef il voudrait que je fasse l’ouverture. Mon chef je l’aime pas trop, mais j’aimerais bien être dans ses petits papiers quand même. Alors, ça te dirait de venir sur ma liste pour les municipales ?“. Marc il réfléchit très fort et il dit “Hmmm je sais pas.“. François il ajoute “Allez, fais pas ton chacal, de toute façon tu me dis jamais non au conseil municipal, c’est pas maintenant que tu vas commencer.”. Alors Marc il dit “Tu sais, la politique c’est mon boulot, j’en vis et je tiens à mes sièges d’élu, vu que ça me rapporte de l’argent. Ça m’arrangerait bien que tu mettes personne en face de moi aux cantonales. Si tu fais ça, moi j’essaierai de venir sur ta liste.“. François il est d’accord, Marc aussi. Du coup, au PS, tout le monde se demande comment ça se fait que sur le canton de Marc, il n’y ait pas un seul candidat de l’UMP. Et puis à un moment Marc, il a super idée : “Tiens, si je faisais un chantage tout pourri à mes amis socialistes ? Comme ça, soit ils acceptent et j’ai un siège à la mairie quoiqu’il arrive, soit ils refusent et ça me permet d’aller voir mon copain François.“. Aussitôt, Marc envoie un courrier à la commission des militants du PS chargée de constituer la liste, en disant qu’il faut lui filer une des premières places sinon il se barre. Les militants se regardent très étonnés, parce que c’est pas très malin comme attitude, et du coup décident démocratiquement que non, qu’il pourra avoir la 11e place si il le souhaite, qui est éligible en cas de défaite serrée, mais voilà tout pour l’instant. “Tant pis” se dit Marc, “je vais partir avec mon copain François, et je mettrai tout sur le dos des socialistes qui n’ont pas cédé à mon chantage : d’une pierre, deux coups. Et en plus, je garde mon canton, vu que l’UMP ne mettra personne en face de moi comme je me rallie à eux… Et pour en être sûr, avec François, on va se débrouiller pour annoncer la liste juste après la clôture des inscriptions aux cantonales. Ça évitera que le PS mette un candidat en face de moi une fois que je serai passé à l’UMP“. Et ce qui fut dit fut fait.
J’décolle ta marque de société (1)
On ne peut pas dire que cela aie été une surprise. Car, rappelons les titres de Marc Bret : Conseiller général socialiste, conseiller municipal socialiste, leader de l’opposition de la gauche plurielle. Seulement voilà, beaucoup de socialistes lui reprochaient de ne pas être assez à gauche. Quant à sa qualité de leader de l’opposition, voire même d’opposant tout court, peu de gens se souviennent avoir vu ou entendu Marc Bret réellement s’opposer à François Baroin. Les plus érudits se souviennent de discours dans lesquels le socialiste expliquait que la ville était bien gérée, et le département aussi. Ha oui, un opposant de qualité, donc. François Baroin et Philippe Adnot devaient trembler en le voyant arriver.
Alors on se dit “Tiens, c’est logique qu’il parte à droite alors ?“. Quelque part, oui. Sauf que Marc, il a oublié un petit quelque chose. Un détail, hein. C’est que les gens qui l’ont élu, ceux qui lui ont donné la place qu’il occupe à l’heure actuelle, et bien ce sont des gens, qui ne votaient ni pour Baroin, ni pour l’UMP. Mais pour Marc Bret, le candidat de la gauche. Du coup, ils espéraient par exemple que… Que je ne sais pas moi : qu’il soit un personnage de gauche ? Qu’il ne complimente pas en permanence François Baroin ? Qu’il ne soit pas le grand copain de l’UMP ? Que de drôles d’idées.
Du coup, Marc, il en a aussi oublié ses convictions : ne pas trahir ceux qui l’ont aidé à se mettre en orbite dans le monde politique troyen, c’est à dire la gauche et ses électeurs. Ne pas faire du chantage aux socialistes type “Vous me donnez la place que j’exige ou je me retire“. Ne pas faire signer des pétitions sur les urgences aux gens avant de retourner sa veste pour aller soutenir celui qui, justement, estime qu’il n’y a pas de problèmes aux urgences. Ne pas aller se vendre au plus offrant en disant “François Baroin m’offre une meilleure place, salut“. Et surtout, ne pas ensuite aller dire qu’il agit dans l’intérêt des troyens, c’est un peu gros.
L’appel de la soupe
Selon les journaux locaux, Marc Bret aurait été contacté durant l’automne 2007 par François Baroin. Il aurait décliné l’invitation, avant de tenter sa chance chez les socialistes. Et là, les vilains auraient refusé de lui donner la place qu’il avait bien mérité, du coup François aurait rappelé Marc pour lui dire que sa porte lui était grande ouverte. Et Marc, il a accepté. Ca sonne comme une belle histoire, dans laquelle le gentil Marc au service des troyens, rejeté par les vils gauchistes pour des raisons inconnues, se voit offrir la possibilité de continuer à servir le peuple tricasse grâce au gentil François Baroin.
Alors au PS, les gens savaient juste que Marc n’irait pas avec les socialistes (et qu’il les avait à moitié insulté par communiqué de presse pour exprimer son mécontentement, ce qui est très digne d’un élu dont le parti ne cède pas au chantage), et qu’il serait “présent dans le débat des municipales” dixit lui-même. Alors, le jeu était : où ira t-il ? Avec Beury et sa liste multicolore ? Beury est trop “grande gueule” pour Bret, peu probable. Avec les Verts ? Même s’ils sont plus proches de la gauche, Bret veut surtout sauver son siège de conseiller, du coup ce n’est pas le meilleur choix. Avec le FN ? Non, il ne faut pas exagérer. Avec François ? Pourquoi pas, ils sont suffisamment proches et ça lui permettrait d’être élu. Enfin, dernière solution : Marc se présente à une conférence de presse et explique qu’il ne sera pas présent sur une liste et donne juste une consigne de vote (ou pas), sortant ainsi dignement de la crise où il était rentré tout seul.
Finalement, c’est donc l’appel de la soupe électorale, c’est à dire la proposition de François, qui aura gagné.
Alors on va vous raconter une autre histoire. Mais attention, ce n’est qu’une histoire. N’y voyez aucun rapport avec des personnes existantes ou ayant existé.
C’est l’histoire de Marc, un gentil garçon qui ne fout pas un pied aux réunions de préparations des municipales à Troyes du PS. Pourtant, ça fait plus d’un an qu’il y en a des réunions, mais non. Il a autre chose à faire, Marc. Un beau matin, Marc reçoit un appel d’un ami à lui, François. François lui dit “Tiens, Marc, tu sais Nicolas, mon chef il voudrait que je fasse l’ouverture. Mon chef je l’aime pas trop, mais j’aimerais bien être dans ses petits papiers quand même. Alors, ça te dirait de venir sur ma liste pour les municipales ?“. Marc il réfléchit très fort et il dit “Hmmm je sais pas.“. François il ajoute “Allez, fais pas ton chacal, de toute façon tu me dis jamais non au conseil municipal, c’est pas maintenant que tu vas commencer.”. Alors Marc il dit “Tu sais, la politique c’est mon boulot, j’en vis et je tiens à mes sièges d’élu, vu que ça me rapporte de l’argent. Ça m’arrangerait bien que tu mettes personne en face de moi aux cantonales. Si tu fais ça, moi j’essaierai de venir sur ta liste.“. François il est d’accord, Marc aussi. Du coup, au PS, tout le monde se demande comment ça se fait que sur le canton de Marc, il n’y ait pas un seul candidat de l’UMP. Et puis à un moment Marc, il a super idée : “Tiens, si je faisais un chantage tout pourri à mes amis socialistes ? Comme ça, soit ils acceptent et j’ai un siège à la mairie quoiqu’il arrive, soit ils refusent et ça me permet d’aller voir mon copain François.“. Aussitôt, Marc envoie un courrier à la commission des militants du PS chargée de constituer la liste, en disant qu’il faut lui filer une des premières places sinon il se barre. Les militants se regardent très étonnés, parce que c’est pas très malin comme attitude, et du coup décident démocratiquement que non, qu’il pourra avoir la 11e place si il le souhaite, qui est éligible en cas de défaite serrée, mais voilà tout pour l’instant. “Tant pis” se dit Marc, “je vais partir avec mon copain François, et je mettrai tout sur le dos des socialistes qui n’ont pas cédé à mon chantage : d’une pierre, deux coups. Et en plus, je garde mon canton, vu que l’UMP ne mettra personne en face de moi comme je me rallie à eux… Et pour en être sûr, avec François, on va se débrouiller pour annoncer la liste juste après la clôture des inscriptions aux cantonales. Ça évitera que le PS mette un candidat en face de moi une fois que je serai passé à l’UMP“. Et ce qui fut dit fut fait.
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Petit Bouchon
Quelque part entre le Canard Enchainé et Sabine Paturel, le Petit Bouchon a pour vocation de tirer à l'aide de son pistolet éponyme sur tout ce qui l'amuse, le mérite ou simplement, le pousse.
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Rédigé par Petit Bouchon le Vendredi 22 Février 2008 à 23:22
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