Photo de Marc BAULAND - C. Libération Champagne
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« Les Troyens sont prêts pour un changement politique »

Publié le jeudi 08 décembre 2011 à 10H46 

Marc Bauland, nouveau leader de l'opposition de gauche, estime que l'heure de la reconquête a sonné

Marc Bauland, nouveau leader de l'opposition de gauche, estime que l'heure de la reconquête a sonné


Troyes - Marc Bauland va endosser le rôle de chef de file de l'opposition lors du prochain conseil municipal. Il passe en revue les dossiers majeurs de la municipalité
Vous avez déclaré récemment que vous n'écartiez pas la possibilité de rejoindre le Parti socialiste. Où en êtes-vous dans cette démarche ?
« Au moment où votre article sera publié je ne serai plus président de la Fédération de l'Aube du Parti radical de gauche (*). C'est la conséquence logique de mon engagement lors de la primaire pour Arnaud Montebourg. J'ai été le seul de la gauche dans l'Aube à officialiser mon soutien pour Arnaud, à défendre une certaine idée du solidarisme, des services publics, et de la démondialisation. Aujourd'hui j'ai la responsabilité de porter les espoirs de 19% des électeurs de la primaire (24% sur Troyes). C'est donc tout naturellement que je vais demander mon adhésion au PS. J'observe également que depuis que je suis élu à Troyes, tous mes engagements locaux se sont faits avec mes collègues, mais amis du PS. De fait, je travaille plus avec eux qu'avec mes amis radicaux de gauche. Olivier Girardin et Dimitri Sydor ont donné l'impulsion pour construire un PS renouvelé, rajeuni et j'espère modestement pouvoir y apporter ma pierre. »
Avez-vous l'intention de briguer une place particulière au sein du PS ?
« J'irai là où l'on pensera que je serai utile. Je n'ai qu'une priorité politiquement, en l'occurrence le terrain municipal auquel je consacre 100% de mon énergie. J'ai dirigé une Fédération pendant sept ans. C'est quelque chose qui prend beaucoup de temps. Aujourd'hui je veux me consacrer aux idées. Ce qui ne m'empêchera pas d'être un des animateurs du courant de pensée d'Arnaud Montebourg. »

Vous allez officiellement siéger lundi prochain lors de la séance du conseil municipal en qualité de chef de file de l'opposition de gauche, en lieu et place de Jaïm Myara. Quel est votre état d'esprit ?
« J'ai rarement ressenti autant de poids sur mes épaules. Jusqu'à présent je pouvais me sentir libre de porter l'estocade et de frapper fort contre la municipalité troyenne, mais j'ai désormais une exigence accrue de parler au nom d'un groupe, d'incarner une possible relève politique à Troyes. Il faut donc que nos interventions puissent convaincre les Troyens que l'alternative est là. Je me situe davantage dans la construction. Comme Jaïm Myara nous l'avait d'ailleurs inculqué, chacune de nos interventions sera assortie d'une proposition réaliste, faisable »

Le prochain conseil sera consacré aux orientations budgétaires. Comment vous positionnez-vous ?
« Tout investissement n'est pas nécessairement bon pour la collectivité. Lorsque le maire de Troyes prévoit 6 millions d'euros pour refaire la façade et la place de l'hôtel de ville, on ne voit pas
l'utilité de consacrer une telle somme dans une période de crise. En revanche, lorsqu'il augmente les tarifs des transports en commun, comme ce fut le cas lors du dernier conseil du Grand Troyes, on ne peut que dénoncer son irresponsabilité. Dans la situation dans laquelle on se trouve, il faut bien au contraire baisser les tarifs de ces transports
pour alléger le fardeau des habitants de l'agglomération et non les asphyxier. Les investissements utiles en cette période, sont ceux réalisés dans les services, pour maintenir le pacte social. Si le maire persiste à ne pas nous entendre, c'est tout le système Baroin qui s'effondrera comme un château de cartes. »

Une étude menée par l'organisme « Politic Angels » sur les finances des collectivités locales estime que la ville ne peut plus investir sans s'endetter depuis 2008. Ce constat vous inquiète t-il ?
« Oui, mais nous ne le découvrons pas. Les comptes de la ville sont faussés parce qu'une partie de la dette est remise dans le budget annexe du stationnement ce qui signifie que la dette par habitant est plus importante que les chiffres annoncés. De plus, une partie de la dette est également reportée sur le Grand Troyes. Ce qui veut dire que le diagnostic de Politic Angels mérite d'être pris au sérieux. La situation est tendue. Raison de plus pour éviter les dépenses de luxe en période de vache maigre. »

Dans le numéro de cette semaine de Marianne, François Baroin est épinglé pour sa gestion du Cub3 dont le déficit a été multiplié par sept entre 2009 et 2010. Cela vous surprend ?
« L'opposition plurielle a posé plusieurs fois la question de l'équilibre des comptes de cet équipement majeur de l'agglomération. Notre sentiment c'est qu'il faudrait que la collectivité reprenne la gestion du parc des expositions en régie pour s'assurer que les deniers publics soient bien gérés. Car il est incompréhensible que, malgré l'augmentation de la fréquentation, on soit passé d'un déficit de 62 000 euros en 2009 à 442 000 euros en 2010. En outre, les prix sont exorbitants et les chaises toujours d'aussi mauvaise qualité. »

Les entreprises s'activent sur le chantier de la Bourse du travail. Que savez-vous de l'évolution du dossier ?
« La prochaine fois que je verrai François Baroin, je lui redirai que notre centre-ville mérite une entrée de ville de grande qualité et que la Bourse du travail doit être cette entrée. J'ai en tout cas de nombreux témoignages de personnalités troyennes qui rejoignent notre analyse à savoir que faire un programme immobilier pour l'arrière de la Bourse du travail, contribuerait à dénaturer le site pour plus de 100 ans. Ce que l'on sait d'ores et déjà c'est que François Baroin ne pourra pas inaugurer le bâtiment avant février 2014 car les délais sont trops courts. Par conséquent je lui demanderai qu'on se mette autour de la table et que l'on trouve une solution commune qui fasse consensus. Actuellement la municipalité reste sur un projet commercial au rabais. On peut introduire sur le site des commerces, mais en faisant du qualitatif ! En intégrant des produits qui font la réputation et l'histoire de notre ville (textile, produits locaux, savoir-faire artisanal…) et en y ajoutant la mémoire industrielle et ouvrière »

Vous avez engagé la bataille de l'eau sur le terrain judiciaire. Cette affaire risque fort de trainer en longueur. Quelles actions allez-vous entreprendre d'ici la décision du tribunal ?
« Il faut dans un premier temps demander un audit sur l'économie globale du contrat. Combien ça coûte? Quels sont les investissements qui seront réalisés? Quelle est la durée d'amortissement ? Il est nécessaire par ailleurs d'effectuer des simulations de politique tarifaire pour faire en sorte que ceux qui font l'effort de réduire leur consommation d'eau soient encouragés et que les gros consommateurs payent un tarif de confort. Il n'est pas normal de payer au même tarif, l'eau qu'on boit et celle qui remplit la piscine. Dans l'attente du jugement, nous allons devoir travailler sur deux scénarios, la délégation de service public et la régie municipale. N'est-il pas préférable, d'un point de vue qualitatif, que la collectivité reprenne la responsabilité de la gestion des installations et de la distribution ? Ce sera en tout cas la mission du Collectif eau publique que nous allons lancer au premier trimestre. Etre un centre de ressources et d'expertises pour aider les élus à se décider. »

François Baroin était absent lors du dernier conseil du Grand Troyes. Jaïm Myara avait déjà évoqué par le passé les absences répétées du premier magistrat. Est-ce un souci selon vous pour la gestion municipale et celle du Grand Troyes ?
« Je crains que sa présence ne change rien. Il faut qu'il se mette enfin à prendre en compte nos remarques. J'ai le sentiment qu'il est aussi inutile à Paris qu'à Troyes si l'on en juge par le classement des ministres des finances européens où il ne brille pas. Je crois que les Troyens se rendent compte qu'un changement complet d'équipe est nécessaire. Notre objectif est de préparer une équipe et un projet le jour J. La magie Baroin n'opère plus. Pour nous, l'heure de la reconquête a sonné. »

(*) Lors de l'assemblée générale du Parti radical qui s'est déroulée hier soir, Marc Bauland a remis son mandat de président.
Propos recueillis par Gaël PADIOU

Rédigé par Dimitri Sydor le Dimanche 11 Décembre 2011 à 12:02 | Commentaires (0)
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